LE projet « LA FORGE À RÊVES »

PROJET D’INSTALLATION 

Pour un nouvel éco-lieu d’artisanat, d’histoire, de culture et de transmission dans l’Orne

Pour le développement d’une nouvelle activité locale, engagée dans les dynamiques culturelles, sociales, environnementales et dans l’économie circulaire du territoire.

DEUX ARTISANS ACTIFS & PASSIONNÉS 

Nous sommes Benjamin et Lucie, deux artisans aussi passionnés l’un que l’autre exerçant nos métiers et savoirs-faire en Normandie dans la Manche.

Nous avons à coeur de travailler avec la nature et non contre elle, de la façon la plus écologique possible.

Benjamin ALBRYCHT de la Forge d’Asgeir est forgeron coutelier d’art et bijoutier depuis maintenant 7 ans, spécialisé en art nordique. Après une licence d’histoire et d’archéologie, il a été formé par le maître forgeron Christian Moretti à l’art ancestral de la métallurgie en partant de l’extraction du minerai jusqu’à sa transformation en couteaux, dagues, épées ainsi que bijoux historiques.

Passionné tant par le métal que par le bois, il travaille avec un élagueur tout aussi soucieux de l’environnement et fabrique également des carrelets de bois locaux et issus de sources éthiques à destination des professionnels ou hobbystes : tourneurs sur bois, couteliers, sculpteurs, etc.

Lucie BRAILLON de l’atelier de La lettre aux ours est artisane du bois éco-responsable, spécialisée dans différentes techniques de façonnage du bois, du tronc d’arbre à la pièce finie : sculptrice, graveuse, peintre aux pigments naturels, voilà quelques unes de ses multiples casquettes artisanales et artistiques. Depuis maintenant 4 ans, elle travaille et expérimente ses propres techniques sur cette noble matière pour donner naissance à diverses pièces uniques comme des coffrets sculptés, des décorations, des peignes, des miroirs et des bijoux en bois. Le tout est inspiré par l’histoire de l’art et la Nature, dans le plus grand respect de l’environnement et des êtres vivants. Elle est également spécialisée dans la communication web et la photographie.

Conscients et très engagés en faveur de la protection de l’environnement, nous travaillons tous deux à ce que l’ensemble de notre travail soit le plus éco-responsable possible au travers d’une sélection stricte des matières premières et de leur origine : bois locaux non issus de la déforestation, aciers issus d’une aciérie éco-responsable ou recyclés, pierres fines et précieuses d’origines contrôlées et éthiques, pigments naturels régionaux…

Nous avons décidé de nous associer pour créer un atelier commun dans lequel nous partageons nos savoirs faires et allions nos techniques afin de créer des pièces uniques et hors du commun. 

Tout au long de l’année, nous participons à de nombreux salons des métiers d’art, marchés et expositions afin de faire connaître au plus grand nombre nos métiers, mais aussi à des événements plus spécifiques visant à mettre en valeur le patrimoine historique de la Normandie comme le marché viking du château de Pirou et de l’abbaye de La Lucerne d’Outremer dont les recettes des entrées permettent la restauration de ces sites. 

La transmission : au cœur de nos métiers

Au delà de l’aspect création et fabrication, nous accueillons de nombreux visiteurs chaque mois, fascinés par nos métiers dont l’origine est très ancienne : au fil des siècles, le travail du métal et du bois ont fait ce qu’est l’humanité aujourd’hui, il la définisse et la caractérise. Ces matières premières font le quotidien des hommes et des femmes du monde entier. Des savoirs-faire ancestraux et essentiels qui suscitent un véritable regain d’intérêt aujourd’hui en incarnant une nouvelle dynamique d’avenir pour l’artisanat français. Nous mettons donc en valeur au travers de nos échanges avec le public l’histoire, la qualité de l’ouvrage artisanal, son unicité, la maîtrise du geste, de la matière et de l’outil mais aussi l’éthique de travail et l’écoresponsabilité de nos atelier qui se sont adaptés aux besoins et aux enjeux environnementaux et sociaux et donc tournés vers l’avenir.

Nous accueillons des groupes en visites à l’atelier durant lesquelles nous leur contons l’histoire de nos ateliers, de notre démarche écologique et de nos matières. Nous sommes également très actifs sur les réseaux sociaux, notamment Instagram, pour développer un artisanat accessible, visible, permettant un dialogue constants autour de nos métiers, de nos savoirs, de nos matières, de nos réalisations et de notre démarche de travail et de vie d’artisans du XXIème siècle.

Répondre à des questionnements & enjeux actuels

Ces échanges constants ont ainsi créé un véritable lien avec notre public qui nous a permis de recueillir leurs attentes et leurs besoins en tant que consommateurs par rapport aux enjeux actuels de la société d’aujourd’hui : nécessité de donner du sens à leurs achats, véritable prise de conscience de l’urgence de préserver les savoirs-faire français et de les mettre en valeur, prise de conscience également quant à l’importance de connaître l’origine des objets mais aussi des matières qui les composent. 

Nous sommes également les témoins d’une réelle curiosité et d’un besoin vital d’apprendre, de réapprendre, de redécouvrir les procédés de fabrication des objets, notamment chez les moins de 30 ans et par le biais de la matière brute et naturelle. Une envie concrète de s’immerger dans le “faire soi-même” pour sortir d’un quotidien trop souvent déconnecté de nos besoins vitaux nécessitant des savoirs-faire manuels : pouvoir se construire un abri, se nourrir, s’habiller… Un cri d’alarme, une nécessité de développement personnel et d’accomplissement afin de se sentir “capable de” : capable de comprendre, capable de faire soi même, pour les femmes comme pour les hommes.

Face à ces demandes de plus en plus nombreuses, nous avons donc commencé à proposer, il y a trois ans, plusieurs façons d’appréhender nos savoirs-faire en donnant l’opportunité à nos publics de devenir acteurs de nos métiers plutôt que simple spectateurs, le temps d’une ou plusieurs journées. Ces sessions sont payantes et peuvent être financées en plusieurs fois, personnalisées sur mesure et en très petit comité (un à trois stagiaires maximum en même temps). Tout le monde peut y prendre part, à partir de 18 ans et dans la mesure où les positions de travail sont envisageables et les règles de sécurité applicables (voir plus bas “un lieu accessible à tous”), tous niveaux confondus, même sans expérience.

La session “Découverte” 

Le temps d’une journée ou d’un week-end, nous proposons à nos clients de venir réaliser eux-même une ou plusieurs pièces avec nous à l’atelier et de repartir avec. Venus de la France entière, ils découvrent auprès de nous un travail sincère, authentique, technique et engagé en faveur de l’environnement. Ils et elles repartent tous et toutes avec un couteau, un bijoux ou une sculpture en bois, ainsi qu’un enrichissement et un partage que nous souhaitons de tout cœur inoubliable. 

La session “Initiation” 

Animée par Benjamin : trois jours pour entrer véritablement dans l’univers de l’artisanat, découvrir et s’initier à des savoirs-faire plus techniques, plus précis et pour toucher du doigt le métier de forgeron coutelier pour les personnes souhaitant expérimenter un métier manuel touchant à différentes matières et regroupant plusieurs types de savoirs-faire (travail des aciers et des bois) dans le but d’une potentielle reconversion professionnelle. 

Simon, en session d’initiation, sur le point de faire sa première trempe, 2020

La session “Transmission” 

Animée par Benjamin, cette session est professionnalisante et conçue sur mesure selon le projet d’installation du stagiaire. Apprentissage théorique et pratique autour de l’ensemble des savoirs-faire, des techniques et de l’outillage du forgeron coutelier, durant lequel ils apprennent à maîtriser les bases essentielles de ce métier ancien pour en faire le leur.

Tony, Johan, Alexandra, Nicolas, Joseph… sont venus à la forge apprendre le métier durant plusieurs semaines

La session “Accompagnement” 

Animée par Lucie, c’est une session d’aide au développement des entrepreneur-ses artisan-es durant laquelle les stagiaires apprennent à développer leur concept créatif, à lancer et gérer administrativement parlant leur entreprise ainsi qu’à mettre en valeur et promouvoir leur activité. Elle propose une véritable boîte à outils pour établir une communication efficace, authentique et positive : toutes les clefs pour réussir lorsque l’on a les savoirs-faire mais que l’on ne maîtrise pas – encore – les connaissances liées au commerce de son activité.

Nous avons ainsi accueilli plus de 60 stagiaires en trois ans, de 18 à 75 ans pour 169 jours de sessions dont 9 personnes dans le but d’une orientation professionnelle. 

Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir mais de le rendre possible ~ Antoine de Saint-Exupéry

LA VOLONTÉ DE FAIRE ÉVOLUER NOTRE PROJET

Aujourd’hui, nos activités fonctionnent au delà de nos espérances et le planning des sessions est bouclé d’une année pour l’autre. Nous souhaitons donc faire évoluer nos activités en quelque chose de plus grand.

Actuellement, nos ateliers sont basés dans la ferme familiale à Videcosville, dans la Manche. Mais nous manquons de place pour une capacité d’accueil optimale. L’objectif de cette année 2020-2021 est donc de déménager et de trouver un nouveau lieu pour créer la “Forge à rêves”, qui sera plus adapté à nos différentes propositions. Un lieu entre histoire, nature et culture en Normandie, qui aie du sens, et qui soit à un carrefour géographique afin d’en faciliter l’accès au plus grand nombre. Un lieu calme et accueillant, propice au développement de nouvelles perspectives d’avenir et ayant la volonté d’accueillir des projets écologiques afin de travailler de concert avec nous et qu’ainsi nous soyons intrinsèquement liés au territoire sur lequel nous ferons découvrir l’artisanat de Normandie et continuer de faire grandir des vocations nouvelles.

Les besoins du projet

L’objectif est donc de créer un lieu de vie, de travail en harmonie avec l’environnement qui l’accueille, transportant directement notre public dans une atmosphère hors du temps et de l’espace et ainsi propice à une déconnexion nécessaire pour favoriser la découverte, la sensibilisation et la transmission.

“Un lieu pour créer, explorer, réinventer”

Un atelier commun sera bâti pour que nous puissions y exercer nos activités de fabrication regroupant une forge, une bijouterie, un atelier de travail du bois, des zones de stockage des matières… : un espace de plain-pied de 150m² ~ 200m² pour répondre à nos besoins techniques liés à la fabrication artisanale.

“Un lieu pour apprendre et transmettre”

L’atelier devra être suffisamment grand pour pouvoir accueillir plusieurs postes de travail afin de répondre à la demande croissante de sessions de forge et de bijouterie. Ainsi, la capacité d’accueil souhaitée est de 4 stagiaires, ce qui fait donc 4 postes de travail nécessaires en plus du poste principal. Une pièce devra aussi être dédiée aux cours théoriques.

“Un lieu hors du temps et de l’espace” 

Pour une prise de conscience écologique par l’exemple.

Au delà d’un lieu de fabrication artisanale et d’apprentissage, cet endroit sera aussi un espace d’immersion positive et de connexion avec la nature qui permettra une remise en question des habitudes et une prise de conscience par l’exemple, en rencontrant deux artisans ayant fait le choix d’un mode de vie écologique et ayant développé un projet avec, et non contre, l’environnement qui l’entoure : potager en permaculture, poulailler, ruches, pain au levain, forêt comestible… Tout ce que nous avons déjà mis en place dans la Manche mais que nous souhaitons voir grandir plus encore. Un espace favorisant la biodiversité du site et protégeant ses spécificités. Une façon de vivre le paysage sans le dénaturer, de s’intégrer à l’environnement naturel en le respectant, en le revalorisant, tout en participant à l’activité de la commune et du département. Une autre façon d’habiter l’espace tout en développant une activité économique, sociale et culturelle à l’ancrage local, engagée dans les dynamiques économiques, sociales et environnementales du territoire.

Nous ouvrirons la porte à la curiosité et les questions qui font sens aujourd’hui, au XXIème siècle, seront cultivées : curiosité quant aux savoir-faire du passé, à leur survivance et à leur utilité et applications aujourd’hui et pour l’avenir. Curiosité également quant à nos choix de vie et de consommation conscients et écologiques, faisant écho au futur que nous souhaitons pour le territoire que nous habitons. Ce sera un espace de découverte et d’échanges autour d’un mode de vie transitoire remettant au centre de notre quotidien le travail écoresponsable et la production artisanale respectueuse de la nature dans une réflexion constante autour de l’origine, de la traçabilité, de la qualité et du circuit court. En partageant nos repas faits maisons avec des produits locaux et biologiques, en découvrant notre potager en permaculture et notre jardin des simples, en étant curieux sur notre production d’énergie écologique, en dormant dans des habitations à faible consommation énergétique et en apprenant à vivre et à penser l’avenir de façon différente le temps de quelques heures ou de quelques jours…

“L’apprentissage peut commencer. Un retour aux sources mêlant traditions et savoirs du passé, actions présentes et réflexion pour le futur.” 

Nous recherchons donc un écrin de nature pour mettre en valeur nos actions au travers de ce projet, de plus de 8000m², en campagne pour être au calme et proposé un véritable cadre de repos tout en étant en lien perpétuel avec le territoire, suffisamment grand pour développer l’ensemble de notre projet d’atelier et de maison mais aussi tout un environnement naturel favorisant une immersion totale : une zone de prés pour le bâti, et un espace naturel pour la biodiversité avec un point d’eau et une zone très arborée, des fruitiers…

Nous aimerions l’été pouvoir organiser des rencontres avec d’autres artisans, des petits marchés, des expositions : tourneur sur bois, couturière, brasseur, illustratrice, paysan boulanger, potière, fondeur, sculpteur, tisseuse, historien, troupes de reconstitutions et autres artistes. Nous souhaitons que cela soit un lieu d’accueil de stages pour d’autres acteurs de la région en accord avec nos valeurs : découvertes des plantes sauvages, de la faune et de la flore, des métiers anciens, de sensibilisation écologique, de créations et d’alternatives diverses.

De plus pour participer à ce climat d’échange et de partage, le repas du midi est offert à notre table en produits artisanaux, locaux et bio, faisant ainsi la promotion d’un territoire varié et fertile.

Un maximum de 5 personnes sera accueilli en même temps pour conserver l’esprit d’un lieu calme et en harmonie avec l’environnement qui l’entoure.

“Un lieu vivant, un lieu de vie” 

Cet espace devra donc être un lieu de vie autant qu’un lieu de valorisation, de transmission et de création. Ainsi, nous ne souhaitons pas perdre le confort et toutes les valeurs que représente un lieu regroupant espace de vie, d’habitation et espace de travail. Nous souhaitons réellement démontrer l’intérêt et la nécessité de retourner à ce que nos ancêtres faisaient en vivant au dessus de leurs ateliers, ou au dessus de leur ferme. Nous souhaitons créer un lieu chaleureux et vivant, où vie professionnelle et valeurs personnelles se font écho sans cesse, un espace de partage, d’accueil et de disponibilité, allant au delà d’horaires de travail définis. L’idée est de sortir du “métro-boulot-dodo” de nos sociétés contemporaines et de créer quelque chose de différent, où tout s’interconnecte, où nous créerons du lien. 

“Un lieu pour tous”

Ce lieu sera un endroit intergénérationnel, ou jeunes et moins jeunes pourront partager et échanger des valeurs essentielles pour notre société future.

Nos sessions sont accessibles à toute personne capable de respecter les règles de sécurité de nos métiers et de maintenir les positions de travail, à partir de 18 ans, sans restriction en terme de niveau. 

Nous souhaitons organiser également des démonstrations et animations pour toutes et tous à l’occasion de journées portes-ouvertes.

Un espace “boutique éphémère” sera accessible sur site, sur rendez-vous ou ouvert ponctuellement, dans lequel chacun pourra venir voir et acquérir nos réalisations, ainsi que nous rencontrer lors d’événements bien spécifiques.

Nous envisageons aussi sérieusement de proposer un poste entièrement adapté aux personnes à mobilité réduite et/ou ayant un handicap physique, notamment en fauteuil roulant. Ainsi, nous serions en capacité de leur proposer un accueil et des possibilités de stages artisanaux sur mesure. Ils seraient entièrement accompagnés, lors de sessions particulières, dans le travail de la forge. Ceci demanderait un investissement financier conséquent (environ 20 000€ simplement pour l’achat de machines à hauteur réglable notamment) et nous espérons trouver des aides au financement pour permettre à ce projet de naître.

Mise en place concrète et éléments techniques du projet

Deux (voir trois selon la possibilité de faire un espace d’accueil pour nos stagiaires) espaces seront donc nécessaires. Nous visons la sobriété énergétique de ce lieu de vie et d’activité économique. Pour cela, nous souhaitons construire avec des matériaux locaux, naturels et écologiques, avec l’aide d’artisans locaux. L’idée est de créer un lieu s’intégrant parfaitement à son environnement et le respectant. 

Notre choix s’est donc tout naturellement porté sur un type d’habitat écologique simple et efficace : la maison en bois, et plus particulièrement la fuste : une construction en bois dont les murs sont fait de troncs bruts (non calibrés), simplement écorcés et empilés, les fûts s’encastrant dans leur longueur et s’entre-croisant dans les angles. Nous avons fait ce choix en conscience, pour des raisons de proximité et de disponibilité de la matière première et des artisans et de consommation énergétique extrêmement faible. Le bois est effet une matière noble qui s’intègre parfaitement aux paysages forestiers. C’est également une ressource disponible et bien gérée en France et l’utilisation d’énergie est minime pour mettre en oeuvre une maison en fustes. Le tout sera sur pilotis afin d’éviter de devoir couler une chape de béton, et aucun autre revêtement ne sera appliqué afin de limiter l’impact de ces constructions. 

La maison (environ 170m², de plain-pied) sera donc en fustes et l’atelier (environ 150m² -200m²) en bois également. 

La fuste, un bâti robuste, ancestral et naturel

Ces deux petites vidéos Youtube rapides vous présentent ce qu’est une fuste : 

“Maisons en rondins Aaland France 3”

“Les maisons en fuste, authentiques et écologiques – Météo à la carte”

Technique de construction des fustes

Le matériau utilisé est le rondin de bois brut, qui provient d’un tronc d’arbre d’un diamètre entre 20 et 50 cm, dont le fût à été écorcé puis taillé à la main de manière artisanale. Chaque tronc garde ainsi sa forme et ses courbures naturelles. 

Les essences employées par les fustiers pour la constructions des fustes en France sont des résineux, principalement du pin douglas, du mélèze ou de l’épicéa provenant de forêts locales.

Chaque arbre est choisi en forêt en fonction de ses caractéristiques (diamètre, rectitude, conicité, etc.). Il est ensuite écorcé puis travaillé et ajusté de manière à venir épouser la forme du fût sur lequel il va reposer. Aux angles, il est entaillé pour venir s’encastrer parfaitement et ainsi assurer la solidité et la stabilité de l’ensemble.

Le fustier est un artisan hautement qualifié et d’une habileté qui seule peut assurer la précision des ajustages et des encastrements nécessaires à l’étanchéité de l’ouvrage.

La fuste est construite avec des bois fraîchement coupés qui vont sécher et se comprimer avec le temps et le chauffage, l’ensemble de l’édifice va subir un tassement (jusqu’à 6%) qui impose au fustier de recourir à des techniques particulières pour la pose des menuiseries et du chevronnage du toit.

A partir des plans qu’il aura élaboré ou qui lui auront été fournis, le fustier construit la fuste sur son chantier, où il dispose du matériel et de l’espace nécessaire au travail du bois. Une fois construite, la fuste est démontée, chaque rondin est numéroté puis les troncs sont transportés et la fuste est remontée sur son emplacement final.

 Petite histoire de la fuste : la maison en bois en France

Même si elles sont plus présentes dans le paysage des pays nordiques (Scandinavie, Canada, Alaska…), les fustes ont pour origine nos forêts européennes car durant l’âge du bronze les résineux y étaient très nombreux : les hommes ont commencé à concevoir des outils pour abattre, écorcer, déplacer, empiler les troncs d’arbre de façon à réaliser rapidement des habitations. Puis, vers la fin du Moyen âge, la démographie explose en Europe et nos ancêtres ont alors défriché une grande partie de nos forêts pour cultiver les terres mais aussi pour pouvoir se chauffer, et pour produire les fonderies, verreries, briqueteries, forges, etc. Ils ont alors commencé à privilégier la pierre pour fabriquer leurs maisons. Sans oublier  que la construction navale était très consommatrice en bois et prenait de l’ampleur. Cette matière devint donc très précieuse. Ensuite, lors de la découverte du Nouveau monde, les colons ont découvert là bas une profusion d’immenses forêts. Ils ont alors exporté la technique des maisons en rondins là bas, et au fil des siècles, elle fut peaufinée au gré des nouveaux outils à disposition pour devenir la technique de précision que nous connaissons aujourd’hui, celle des artisans fustiers.

Comme le souligne Pierre Pétrequin, archéologue, la maison à empilage de bois croisés n’est d’aucun temps et d’aucun pays, mais elle est liée à l’exploitation de la forêt ; alors on comprend qu’elle a eu et qu’elle a toujours sa place dans nos régions et qu’en France, on commence à la redécouvrir depuis quelques années. Il existait avant des maisons de rondins bruts dans toutes les forêts de résineux ou de feuillus. C’était les habitations de tous les bûcherons, charbonniers, scieurs, sabotiers, forgerons… qui vivaient là en grand nombre, sur leur lieu de travail. Cette tradition de construction en bois bruts empilés était donc bien vivace en France quand, de nos forêts s’embarquèrent les pionniers pour peupler le Canada, où ils emporteront avec eux le mode de construire en bois empilés « pièce-sur-pièce ». Les temps ont changé. L’Europe s’est beaucoup reboisée, le bois est redevenu abondant et l’on redécouvre aujourd’hui les qualités de ce matériau longtemps délaissé.

Rappelons aussi que si cette architecture a été plus oubliée dans le paysage français, elle ne l’a pas été chez les scandinaves, et que ceux-ci ont colonisé à une époque la Normandie, terre des hommes du nord (« northmen »). Par exemple, la toponymie de nombreuses villes et villages normands vient de l’influence scandinave (voir « Vikings et noms de lieux de Normandie » de Jean Renaud). C’est avec le chef viking Rollon (Hrolfr) que le roi Charles le Simple négocia l’accord qui allait constituer l’acte de naissance de la Normandie aux environs de 911, contrat dans lequel le roi cédait aux scandinaves une partie du territoire normand qu’ils avaient sous contrôle afin qu’ils le défendent d’autres colonisations. C’est donc une manière d’incarner et de représenter sur le territoire normand ce passé oublié. Elle nous permettra d’immerger directement nos visiteurs dans une ambiance ancestrale, porteuse de savoirs-faire authentiques et mettant en valeur les richesses naturels du territoire.

Depuis la fin du siècle dernier la fuste suscite un regain d’intérêt en France où l’on voit ce type de maisons en bois se développer sur l’ensemble du territoire.

La fuste : un impact écologique et environnemental très réduit

Un bâti naturel

La fuste est une architecture naturelle. Elle utilise comme matière principale le bois, ici du sapin douglas, qui est une matière bien gérée en France, renouvelable et locale et qui stocke le carbone au lieu d’en émettre. Nous avons pour projet de faire un crowfunding pour aider à financer la replantation du nombre d’arbres ayant été nécessaires à la construction et d’ainsi mobiliser un peu plus le public aux enjeux de protection des forêts.

Les matériaux – des arbres, sont d’origine naturelle, ici issus d’essences locales pour un approvisionnement en circuit court peu polluant.

Pour fabriquer un tronc, il faut : du soleil, de la pluie, du gaz carbonique et du temps. Un processus naturel et renouvelable dont le bilan carbone est largement positif et contribue à la réduction de l’effet de serre en piégeant du CO2. C’est sans comparaison avec l’énergie dépensée et le gaz carbonique émis pour la fabrication des parpaings, ciment ou plâtre utilisés dans les maisons en maçonnerie. Ainsi, une fuste de 100 m² faites de rondins de 25 cm de diamètre piègerait environ 8 tonnes de CO2.

Des matières locales et des artisans respectueux

Puisque ce projet est basé sur le local,  le bâti construit sera bien moins énergivore que les constructions classiques : la réalisation nécessitera en effet peu de machines : débardage avec des percherons pour tracter le bois, transport très réduit puisqu’il proviendra du département de l’Orne (forêt d’Ecouves) en relation étroite avec l’ONF pour la sélection des bois, réalisation par des artisans ornais respectueux de l’environnement travaillant essentiellement à la main et n’utilisant que peu de machines en comparaison des constructions plus classiques : la structure de la fuste sera réalisée par un artisan compagnon du tour de France, charpentier et artisan fustier, ayant appris auprès de Thierry Houdart qui est un spécialiste dans le domaine, particulièrement sensible au paysage ornais. L’ensemble des toitures sera réalisé en bardeaux de châtaigniers locaux et à la main grâce à notre bardelier fendeur à l’ancienne.

L’énergie grise dépensée pour la construction est réduite à l’essence de la tronçonneuse, l’électricité de la grue et le transport des troncs. Les outils utilisés sont principalement : la grue, la tronçonneuse et le compas pour le fustier, le fendoir et la plane pour le bardelier. C’est aussi une construction “Zéro déchets” puisque l’ensemble des déchets du chantier, qui sont des chutes de bois, sont recyclés à 100 %. 

Les bâtiments seront posés sur pilotis entourés de solins de pierres et de chaux (technique romaine) pour ne pas avoir besoin de couler une dalle de béton et ainsi pouvoir protéger la structure de l’humidité. Le hérisson pour drainer l’eau sera réalisé à base de déchets de tuiles en terre cuite recyclées par notre artisan fustier. 

Et la question de la déforestation ?

En France, les forêts d’exploitation sont bien gérées et régulièrement coupées de façon sélective (et non « à blanc », c’est à dire que seulement certaines essences sont coupées et non toute une parcelle de forêt de manière à ce qu’elle continue de croître). Cette coupe, nécessaire pour une maison en fuste, est largement compensée par une coupe locale et un temps de repousse suffisant à la régénération du patrimoine boisé, ainsi que parce qu’il n’y a pas d’utilisation d’autres matières en grande quantité et donc de pollution liée à une autre production ou extraction : les murs étant uniquement constitués de ces troncs, il n’y a pas besoin de produits de doublage, de peinture, de parement et autres revêtements.

Un bâti à l’excellente régulation thermique

Cet impact continuera par la suite à être très réduit grâce à l’excellente régulation thermique naturelle du bois qui évite les variations de température à l’intérieur et donc permet d’avoir une maison naturellement fraîche l’été et confortable l’hiver avec une température stable toute l’année. Le diamètre des troncs utilisés (25-40 cm) confère aux fustes une grande masse thermique qui va réguler l’hygrométrie intérieure et les variations de température extérieure. L’intérieur de la fuste bénéficie d’une isolation naturelle et d’un confort thermique que seul le bois peut apporter.

Un bâti fait pour durer

Les maisons en fustes sont très robustes et certaines sont encore debout après des centaines d’années (et c’est pareil pour les toitures en bardeaux fendus qui, si les bardeaux sont retournés tous les cinquante ans, peuvent durer près de quatre cents ans !). Contrairement à la croyance commune elles sont résistantes au feu, à la chaleur et au froid grâce à l’épaisseur des murs. Ce sont donc des constructions qui sont faites pour durer, allant totalement à l’encontre de “l’obsolescence programmée”.

L’exemple positif d’un bâti écologique accessible

Plus qu’une maison et un atelier, ce projet sera là aussi pour prouver que l’on peut se tourner vers une maison écologique, éthique et locale dont le coût n’est pas différent de celui d’une maison “classique”, et qu’il est même moins important sur le long terme grâce à des économies d’énergies significatives. Cela peut permettre de montrer que des alternatives sont possibles et s’intègrent très bien au paysage forestier de la campagne normande tout en s’inscrivant en plus dans l’histoire de notre territoire. 

Une architecture profondément liée et intégrée au paysage forestier

Et au delà de tous les aspects techniques abordés plus haut qui font de ce type de construction un projet écologique et ancré dans l’histoire sans comparaison, cette architecture particulière se fond dans le paysage forestier. La maison en rondins de bois est l’une des architectures naturelles les plus en harmonie avec les forêts françaises. Elles se fondent dans le paysage et font rêver quiconque les aperçoivent. Elles nous plongent dans une atmosphère authentique et sincère, chaleureuse et naturelle, propice à la déconnexion. Ce type d’architecture est donc idéale pour notre projet grâce à son esthétique attirante, intrigante, véhiculant des valeurs naturelles et artisanales, propices au questionnement et à l’ouverture d’un dialogue autour des alternatives existantes et confortables face à un monde de consommation massive détruisant nos écosystèmes.

L’impact sur le paysage, la faune et la flore sera donc extrêmement réduit au regard des chantiers utilisant des techniques plus classiques.

L’Orne, un territoire authentique et stratégique

Quelle zone correspondrait le mieux à cette description si ce n’est un endroit aussi préservé, naturel et connecté à l’artisanat que l’Orne ? 

L’Orne et ses paysages sauvages et authentiques en font un véritable lieu de tourisme vert avec notamment la roche d’Oëtre et la Fosse Arthour. Les villages médiévaux comme Domfront lui donne aussi tout le charme de l’ancien et démontre son lien étroit avec l’Histoire.

Son paysage forestier entre en parfaite harmonie avec notre projet de maison et d’atelier écologique en bois comme nous l’expliquons plus bas.

Sa proximité avec Caen ainsi que la région parisienne, accessibles en transports en commun directs via Flers, en font un lieu de développement stratégique et accessible tout en étant en campagne, ce qui serait l’idéal pour nos stagiaires venus de toute la France. 

Un passé métallurgique essentiel

Benjamin a découvert en 2014 le circuit du fer reliant notamment Dompierre et son musée du fer et La Ferrière-aux-étangs en contactant et en rencontrant, à la suite de sa formation de féron fèvre, Michael HERBULOT de l’Association Le Savoir & Le Fer et le président de l’association Thierry Olivier, pour procéder à une extraction de minerai à St-Clair-de-Halouze dans le but de faire une réduction de minerai historique en recréant un métal archéologique exploité par les romains il y a 2000 ans. Il a donc découvert le potentiel archéologique expérimental de cette zone.

St-Clair de-Halouze et ses alentours, l’une des zones les plus riches en fer de Normandie, a un grand passé métallurgique. L’extraction du minerai se faisait à ciel ouvert pour alimenter les anciennes forges au bois des XVIème-XIXème siècles, telles celle de Varenne, jusqu’à l’exploitation des mines de fer modernes de La Ferrière-aux-Etangs et de Saint-Clair-de-Halouze, dans les années 1900-1970. Aujourd’hui fermée, ces zones n’en sont pas moins les témoins d’une richesse du paysage souterrain ornais. 

Ainsi, un projet tel que celui-ci permettrait de faire sens en faisant connaître l’histoire de ce département, revivre un riche passé au travers d’un métier ancien toujours bien vivant et suscitant un véritable regain d’intérêt aujourd’hui, regain que nous voyons déjà depuis plusieurs années.

Nous souhaitons y développer un projet artisanal, historique et écoresponsable, en lien avec le territoire : se réapproprier le paysage sans le dénaturer, s’intégrer à l’environnement naturel en le respectant, en le revalorisant, tout en participant à l’activité de la commune et du département. Une autre façon de penser le territoire, une façon de l’habiter et de le vivre tout en la protégeant.

Un projet porteur de sens… Pour les autres aussi !

De nombreux élus et acteurs locaux (entreprises, associations…) que nous avons rencontrés soutiennent d’ores et déjà cette installation dans l’Orne. Ils y voient eux aussi un intérêt réel pour un territoire qu’ils habitent, qu’ils vivent et font vivre, et au travers de leurs regards et de leur enthousiasme, c’est tout notre projet qui prend du sens. 

Ce projet a pour vocation principale d’être le vecteur d’une histoire et de savoirs-faire bien vivants, et d’un artisanat respectueux de la nature au coeur d’un territoire valorisé et préservé. Il sera intégré au paysage local souhaitant profondément être porteur et acteur de projets et d’initiatives locales et responsables mettant en valeur la nature et le patrimoine de la Normandie.

Pour conclure, ce projet, existant déjà à l’heure actuelle dans la Manche et fonctionnant déjà, ne demande qu’un nouveau lieu d’accueil pour se développer plus encore et accueillir des visiteurs venus de la France entière dans le but de se ressourcer, de découvrir et d’apprendre. 

CONTACTS

Benjamin ALBRYCHT & Lucie BRAILLON ~ La forge d’Asgeir & L’atelier de La lettre aux ours

la.forge.reves@gmail.com ~ 02.33.20.07.03

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