Qu’est-ce qui m’inspire ? Ou comment l’artisanat d’art à l’ancienne fait battre mon cœur.

Pour ce troisième round de mes débuts dans le domaine du blogging spécial « artisanat », il était absolument évident qu’en tant que créatrice je me devais de traiter de manière plus approfondie de mes inspirations et notamment de mes inspirations 2019. Car vous l’avez surement remarqué si vous me suivez depuis mes débuts, au fil de ces deux dernières années, mon style a BEAUCOUP (comme dans « vraiment beaucoup ») évolué et cela est complètement lié aux changements dans mon environnement, mes envies, ma décoration d’intérieur aussi, bref à quelque chose de très personnel : mes goûts. Et comme les goûts sont profondément intimes (on a tous déjà entendu ce fameux : « Aaaah, les goûts et les couleurs hein…!) et évoluent régulièrement, mon travail aussi.

Je suis une grande partisane de la création faite « comme bon me semble ». Je travaille en effet toujours très mal lorsque j’essaie de faire quelque chose pour plaire à autrui / à mes potentiels acquéreurs (à vous donc : le-la gentil-lle lecteur-trice qui prend du temps pour lire ce billet). Je suis donc perpétuellement en pleine partie de poker, pariant uniquement sur mes goûts esthétiques personnels sans tenir compte (consciemment du moins !) ni des styles en vogue, ni de la période de l’année. Mais j’ai grimpé encore une marche cette année. Il me faut à ce stade de l’histoire vous avouer (et aussi m’avouer…) que certaines de mes réalisations passées ne me plaisaient pas suffisamment pour que je les visualise dans mon chez moi (mais pas de panique, ce n’est absolument pas tragique car elles ont beaucoup plu à d’autres et c’est tant mieux, elles étaient faites pour !). J’aime les décors un peu romantiques, bohémiens, anciens, et certaines de mes pièces ne collaient pas à cet univers qui m’est cher et dans lequel je me sens bien…

Mais cette année, tout est différent. J’ai pris une grande décision (qui peut-être me jouera quelques mauvais tours et me vaudra quelques mois de latence mais tant pis!) : je vais désormais travailler uniquement sur des pièces que je pourrai parfaitement voir tous les jours dans mon propre intérieur (en ce qui concerne les commandes personnalisées, c’est bien évidemment différent puisque je les fais selon vos envies mais en général, c’est aussi le cas : je ne vous propose pas des choix que je n’aimerais pas réaliser). C’est un risque dans le domaine de l’artisanat car je créé alors une « niche dans la niche », c’est-à-dire que je réduis mon cercle de potentiels clients (déjà très spécifique car, avouons le, mes créations sont loin de convenir à l’intérieur de Monsieur et Madame tout le monde !) à ceux qui ont les mêmes goûts que moi. C’est un véritable pari : soit ça passe, soit ça casse. Mais, je crois profondément que vous serez là pour accueillir cette évolution puisque vous êtes merveilleux avec moi et me faites pour beaucoup confiance les yeux fermés depuis deux ans et demi déjà !

Lucie Braillon, créatrice de la l'atelier de La lettre aux ours, missive to bears, artisanat français et écologique en normandie, décoration d'intérieur, nature, folk, forêt

Tout cela pour dire que je me fie encore plus qu’avant et entièrement à mon INSTINCT CRÉATIF et à mes INSPIRATIONS (et aspirations) PROFONDES et que je suis donc extrêmement sensible à mon environnement extérieur (mes lectures, mes visites de monuments, ma maison, mes promenades, mes rencontres…) et intérieur (mes rêves, mes ambitions esthétiques, etc.).

Ces deux dernières années étaient un véritable retour aux sources pour moi, essentiellement centré sur la Nature. Je me suis construit un cocon d’authenticité et de simplicité et cela transparaissait dans mon travail : des animaux endormis dans des nids de plantes diverses, une esthétique un peu chaman, très connectée avec mère Nature. Deux ans merveilleux où vous avez appris à connaître mon travail et mes capacités, durant lesquels j’ai mis en place mon univers.

La fin de l’année 2018 a été pour moi un véritable virage, j’ai fait la rencontre d’artisans extrêmement qualifiés dans leur domaine notamment lors du Salon international des métiers d’art de Lens durant lequel j’accompagnais mon compagnon Benjamin exposant là bas. Une véritable concentration de passionnés, d’artisans « techniciens » maîtrisant parfaitement leur art, de savoirs-faire anciens et nouveaux, de créativité poussée et de possibilités infinies… Des techniques mais aussi des outils spécifiques pour chaque besoin. J’ai pris réellement conscience qu’il n’y avait pas qu’un seul niveau d’artisanat, mais surtout que les paliers techniques supérieurs étaient atteignables et ce alors que je n’osais même pas les envisager (dû à ce sentiment d’illégitimité qui parfois m’assaille lorsque je me rappelle que je suis autodidacte et non sortie d’une grande école d’art). J’ai compris que je pouvais envisager des esthétiques complexes que j’admirais en n’hésitant pas à investir pour acquérir les bons outils, à prendre du temps pour développer ces techniques (ah, ce fameux temps après lequel je cours toujours entre la conception, la fabrication, la communication clients et j’en passe!) et en n’hésitant pas non plus à demander de l’aide à d’autres artisans plus qualifiés qui sont parfois très heureux de partager leur savoir-faire à moins expérimenté qu’eux (la transmission étant essentielle dans le domaine de l’artisanat afin de perdurer dans le temps malgré l’industrialisation du monde).

Salon international des métiers d'art de Lens (France)

Tout cela a confirmé et mis à jour un rêve profond : celui de passer au niveau supérieur, de monter une seconde marche. Après avoir posées de solides fondations, je désire avancer à nouveau et développer de nouvelles techniques, repousser mes limites, sortir de ma zone de confort en terme de savoirs-faire et devenir à mon tour une artisane-technicienne. Je ne veux pas me contenter de mon propre savoir-faire mais le faire évoluer et en acquérir de nouveaux pour vous proposer des pièces toujours plus étonnantes, fascinantes, écologiques et de grande qualité. Et surtout voir plus haut, et enfin oser voir mes autres inspirations s’exprimer alors que je n’osais absolument pas les toucher de peur de ne pas avoir le niveau suffisant pour les sublimer, de ne pas être satisfaite en ayant trop d’attente quant au résultat. Il y avait aussi je pense une peur de vous décevoir, de m’éloigner trop de mon style initial presque brut et ingénu. J’ai donc eu besoin de temps, du temps de lutte contre moi même, oscillant entre une envie d’avancer et un passé esthétique qui fonctionne déjà auprès de vous.

J’ai donc pris ce temps, nécessaire, sans me braquer : dans ma logique créative, la moindre chaîne amène un blocage créatif et j’ai appris avec le temps qu’il me faut accepter de parfois lutter intérieurement sans me forcer à aller trop vite. Cette lutte est justifiée et nécessaire et il en ressort toujours quelque chose de beau si je ne m’oblige pas à sortir trop vite de cette dichotomie intérieure. Et de cette période mêlant envies, doutes, manque de confiance et ambitions est en train de naître (au fil de mes expérimentations, pérégrinations et recherches) une esthétique ainsi que des techniques qui me plaisent beaucoup et qui ne rejettent ni mon inspiration passée primordiale (la Nature) ni mes ambitions nouvelles : atteindre un jour le niveau de beauté esthétique et de détails des artisans et artistes d’antan : les sculptures du mobilier et de l’architecture Renaissance, les enluminures médiévales, les motifs de la broderie ancienne, la ferronnerie de l’Art Nouveau, la finesse et les détails du Rocaille et j’en passe…


Ornement rocaille – Huquier, Gabriel 18e siècle

À ce stade, il faut que je vous avoue encore quelque chose… Bien avant de lancer l’atelier de « La lettre aux ours – Missive to Bears », j’avais eu un projet bien différent mais que je n’ai jamais mis en place finalement par manque de savoirs-faire et de confiance en moi : « La Dame de Onze Heure », un atelier de reproduction fidèle de coffrets historiquement datés. J’admirai déjà beaucoup cette esthétique très détaillée et raffinée du mobilier ancien… Mais c’était un projet trop ambitieux pour mes débuts, demandant trop d’investissements matériels et de savoirs-faire pour être à ma portée à ce moment là (mais aujourd’hui, ce projet renaît doucement au cœur de La lettre aux ours).

Ce qui m’intéresse dans ces esthétiques anciennes, c’est leur relation profonde à la Nature. Elles ne s’éloignent pas de mes sources d’inspiration premières, bien au contraire, elles utilisent et subliment une nature sauvage foisonnante : elles sont en effet caractérisées par des décors abondants de plantes sauvages élégamment disposées dont les courbes et détails sont développés à l’extrême afin d’en faire de véritables ornementations profondément esthétique, mais aussi par des animaux à l’état sauvage (il existe notamment tout un bestiaire médiéval très intéressant et extrêmement riche).

Spécimen de la décoration et de l'ornementation au XIXe siècle / par Liénard

Spécimen de la décoration et de l’ornementation au XIXe siècle / par Liénard 

La variété des plantes utilisées est également fascinante et toutes ces courbes font écho aux entrelacs que j’aimais déjà intégrer dans mes propres décors. Elles sont simplement plus poussées, tout en reliefs et détails, dans une danse asymétrique profondément harmonieuse et, de mon point de vue, illustrant à merveille la complexité et la beauté du règne végétal.


Béatrix Potter illustration

Une autre esthétique, toute différente mais qui me touche particulièrement car elle fait écho au plus profond de moi et a bercée mon enfance est celle de l’illustration ancienne, notamment de l’époque de Béatrix Potter et des dessins d’études botaniques très réalistes tout en étant profondément poétiques et romancés.

Dessin illustration Béatrix Potter
Ronces sauvages par Béatrix Potter

Toutes ces sources d’inspirations vont donc cette année transparaître dans mon travail personnel et j’espère que vous prendrez plaisir à les découvrir au fur et à mesure et pourquoi pas à vous amuser à chercher les indices indiquant ce qui m’a inspiré selon les pièces que je vous dévoilerai…

La première pièce commençant à refléter ces inspirations est le Miroir de Scissy auquel j’ai consacré tout un article déjà ! J’espère que cette première porte entrouverte vous séduira…

3 commentaires sur “Qu’est-ce qui m’inspire ? Ou comment l’artisanat d’art à l’ancienne fait battre mon cœur.

  1. Le miroir est magnifique, je rêve de voir ce qui tu vas faire de ces connaissances sur les boîtes et les coffres ! Si je n’avais pas autant de problèmes financiers j’aurais craqué sur le miroir, ayant cassé le mien qui venait de loin dans ma famille en glissant sur une pierre lors d’une séance… (ça lui donne un charme aussi ceci dit car la glace brisée est prisonnière de ce qui l’entoure) ! En bref, magnifique travail, hâte de voir la suite :3

    • Merci beaucoup chère Cath ! Je suis heureuse qu’il te plaise autant ! J’aimerai beaucoup voir ce miroir ancien même brisé !

  2. Eh bien, je dois aussi l’avouer, ton esthétique me parle de plus en plus. Je suis une grande admiratrice de l’Art Nouveau/Déco (Ses arabesques, ses motifs floraux, son romantisme…) et si je m’écoutais, je ne ferai que cela. Mais ce genre de pièce serait « une autre gamme de prix » vue le temps et le travail qu’elles me demanderaient, et j’entends souvent dans mon entourage « Faut faire des petits pieces à prix accessibles » ..Malheureusement, ce genre de « petites pièces » commencent à me lasser..et là intervient le dilemme :
    -Elles se vendent bien, donc me permettent de racheter du matériel.
    -Parfois, j’étais à ne plus vouloir qu’elles soient commandées. J’ai eu, carrément, une période de rejet/écœurement de ces pièces.
    Je dois lutter entre mes envies, et « ce qui est possible de faire » pour l’instant.
    Heureusement, aujourd’hui, j’essaie de garder un bon équilibre. Des pièces abordables, que tout le monde peut s’offrir, et quelques « master pièces » qui, je l’espère, deviendront plus récurrentes. C’est vital, je pense, pour toujours être créative.
    Car avoir été écœurée par une seule de mes créations m’a affaiblie dans toutes les autres.
    Comme toi, aussi, en tant qu’autodidacte, j’ai été prise de ce doute de « légitimité », mais après avoir été confié aux Journées Européennes des Métiers d’Art et même invité à un Musée d’Art Sacrée pour y proposer des ateliers, ça m’a rassurée, motivée..bousculée et touchée.
    Il est bon aussi de sortir de la sphère numérique ! Car on y découvre des artisans plus que généreux ! J’ai eu droit à des astuces, des démonstrations gratuites de techniques, sans peurs, sans suspicions, alors qu’au contraire, parfois, sur les réseaux sociaux, les gens gardent jalousement les choses.
    Ca rejoint le bien être dans l’environnement, primordial.
    J’ai adoré découvrir ton miroir, il a rejoint mes pièces préférées : Le buffet, les colibris (une vraie fixette :p). J’ai adoré également découvrir l’article du blog avec les étapes, je trouve que cela enrichie la pièce de la voir « naitre » finalement, petit à petit.
    J’ai hâte de voir les prochaines inspirations et réalisations que tu vas concocter !

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